et lui glisse un « A bientôt » avant de me retourner face au luxueux bâtiment.
J'entre dans le hall puis attends l'ascenseur, la pression monte. Pourquoi je suis
tellement stressé ? Parce que je vais le revoir... lui. Il n'est pas revenu me
rendre visite depuis notre dispute, depuis la première semaine de mon
incarcération. C'était dur pour moi de rester sans lui autant de temps alors que
nous vivions ensembles. La cabine s'ouvre, j'entre. Je compte les étages qui me
sépare de mon chez moi. Une boule se forme dans ma gorge et mon ventre se
noue. L'ascenseur s'arrête et s'ouvre sur un couloir plongé dans le noir. J'appuie
sur l'interrupteur et m'approche de la porte de l'appartement. Je cherche dans
ma poche la clef que Gus' m'a donné quelques minutes auparavant. J'enfonce
l'objet métallique dans la serrure et le tourne deux fois.
Je pénètre dans l'entrée, plongée dans l'obscurité. L'odeur de la maison envahie
mes narines... son odeur. Le silence pesant m'indique pourtant qu'il n'est pas là.
Ca ne m'étonne même pas, il ne fallait pas s'attendre à un accueil chaleureux de
sa part.
Je jette nonchalamment mon blouson sur le canapé du salon et va dans ma
chambre. Ca y est, je suis libre, et maintenant je fais quoi ? Je devrais être
soulagé, heureux, mais à quoi bon puisqu'il n'est pas avec moi pour partager
cette joie ?
Je décide de commander une pizza et m'installe devant la télé, toujours dans ma
chambre. C'est ce genre de petits plaisirs qui m'avaient manqués...
Bizarrement, je ne suis pas du tout absorbé par l'émission. En fait... je l'attends.
Le stress est encore plus intense, je ne sais pas du tout quand il va arriver ni
comment il va réagir. Je ne sais même pas si il est au courant de ma sortie.
Je ne sais rien, c'est un étranger pour moi. Après des mois de séparation,
mon jumeau est devenu un étranger...
Je pose le carton vide par terre et va faire un petit tour dans la salle de bain.
Je me regarde dans le miroir, c'est fou ce que je parais maigre... Je me
déshabille et retourne me glisser sous ma couette. Haaan mon lit
<3 Je t'aime tu sais...
[...]
Il n'est pas discret et me réveille. Je l'entends rentrer. Il allume le couloir. La
lumière se faufile sous ma porte. Il souffle à demi énervé, il a du voir mon
manteau. Il va dans la salle de bain et prends une douche. Moi je l'écoute,
j'écoute le bruit de l'eau aussi... Il sort et va dans sa chambre. Des voix ?
Il regarde la télévision. Je souris. Il est si proche de moi physiquement à cet
instant. Pourtant je ne me sens même pas le courage d'aller lui parler.
J'ai si peur de sa réaction... J'essaie de deviner comment il est, j'arrive presque à
former des images dans ma tête. J'me trouve presque pitoyable. La boule dans
mon estomac disparaît un peu. Je me sens apaisé de savoir qu'il n'est pas loin...
Quand je pense qu'il s'est enfin endormi, je me sens plus serein et me rendors.
[...]
J'ouvre péniblement les yeux. La lumière que les rideaux laissent filtrer me fait
voir ma chambre. MA chambre. Pour la première fois depuis des mois, je me
réveille dans MON lit. Je me décide à quitter mes couvertures et pénètre dans le
couloir en direction de la salle de bain. Tout est calme. Es-ce que Tom est déjà
levé mais est parti ou bien il dort encore ? J'en sais rien... je l'aurais entendu,
non ? Je me stoppe devant sa porte et tend l'oreille. Bon c'est sûr que comme ça
je risque pas de savoir, j'entends même pas un petit bruit... Je pose ma main sur
la poignée. Si j'ouvre la porte maintenant je vais le voir... alors que je l'ai pas vu
depuis des mois. Je sais pas si j'ai envie que nos retrouvailles se passent comme
ça... Même si elles ne seront sûrement pas très chaleureuses je n'ose lui voler ce
moment. Je sais pas ce que je dois faire. Je prends une grande inspiration puis
tourne délicatement la poignée. Si il est là je ne veux surtout pas le réveiller.
Je retiens mon souffle comme ma respiration pouvait me trahir et pénètre dans
la chambre. Il fait sombre et je marche sur la pointe des pieds, m'approchant
doucement du lit. Je ne distingue pas si il est occupé ou non. Soudain je le vois.
Il dort paisiblement. Je suis rassuré de savoir qu'il est près de moi. Pourtant je
ne vois pas l'intérêt de tout ça... Je m'approche encore un peu plus pour pouvoir
l'observer. Mon c½ur bat tellement fort que j'ai l'impression qu'il peut l'entendre.
Il est si beau et si tranquille. J'ai envie de le toucher pour voir si il est réel.
Je tends ma main. Mes doigts ne sont qu'à quelques centimètres de sa joue.
J'ai trop envie de ce contact. Il m'a tellement manqué. Avant on était si
proches... J'effleure à peine sa peau que je me retire immédiatement comme si
je venais de me brûler. J'ai l'impression de faire quelque chose de mal ;
de profiter de lui sans son consentement. Ca me semble con : je suis son jumeau
et j'peux même pas le frôler. Mais c'est comme si c'était interdit. Comme si lui,
en créant ce fossé entre nous, me l'avais interdit. Il grogne dans son sommeil et
je sursaute, comme pris en flagrant délit. Je décide d'arrêter ces conneries et
repars tout aussi silencieusement. Avant de refermer sa porte il me semble
entendre un murmure, un « bill ». OK j'dois être parano...
Mais peut-être a-t-il senti ma présence...
[...]
Je sors de la salle d'eau, mes cheveux encore dégoulinants, avec juste un boxer
et un T-shirt sur moi. Il fait trop chaud pour s'habiller plus que ça de toute
façon. Tom a mis le chauffage à fond dans l'appartement ! En parlant de lui...
j'entends la télé, il est réveillé...
J'entre dans la cuisine et le vois. Il est accoudé à la table, le nez dans son café,
plongé dans la contemplation du liquide brun et fumant. Il a encore la tête dans
le cul, c'est mignon. Habituellement on se fait un smack pour se dire bonjour,
même si on s'est pas encore lavé les dents. C'est comme un petit rituel.
Mais honnêtement là, je pense que ce petit geste serait assez mal accueilli.
Je prends le bocal de la cafetière et ouvre une porte d'un de nos nombreux
placards mais, pas de tasses. J'en ouvre une deuxième, puis une troisième,
finalement je les fais toutes mais rien. J'ai l'air tellement idiot, et je suis sûr qu'il
jubile de me voir perdu ainsi. J'hésite :
- T... Tom ? Tu saurais pas où sont les tasses ?
Il a un bref rire cynique et se lève. Il se barre dans le salon avec son mug, sans
me répondre. OK vive le vent !
Je m'assois sur la chaise, là où il était 5min avant et parcoure la cuisine du
regard. Mes yeux se posent sur le lave vaisselle. Euréka ! J'ouvre et constate que
tout est sale. Ca fait combien de temps que la femme de ménage n'est pas
passée ? Outre ça, il faut avouer qu'ici c'est le bordel ! Je nettoie donc ma ptite
tasse et déjeune tranquillement.
Une fois rassasié, je mets le lave vaisselle à tourner, histoire qu'on ait quand
même des trucs propres. Ensuite, je vais m'asseoir sur le canapé, à coté de mon
frère, qui se lève automatiquement. A croire qu'il ne veut pas rester dans la
même pièce que moi. J'en suis persuadé d'ailleurs...
Je regarde la télé pendant qu'il prend sa douche. Sorti, je l'entends aller fouiller
dans sa chambre. J'suis pas possible moi, une vraie commère ! Il passe ensuite
devant la porte de la salle et sort ses clefs, s'apprêtant à partir.
- Tu vas où ? Je lui demande tout à fait normalement.
Il continue de marcher jusqu'à la porte d'entrée. Mais je ne sais pas ce qui me
pousse, je ne veux pas le laisser partir. Ou du moins pas sans savoir où il va.
Je me mets entre lui et la sortie.
- Tom ! Tu vas où ? Je répète plus fermement.
- Dégage, t'es pas ma mère, j'ai pas de comptes à te rendre.
Je me renfrogne un peu. Il ne m'avait jamais parlé comme ça, et ça m'attriste
que la première phrase qu'il prononce soit celle là.
- Oui mais je suis ton frère. Et je le droit de savoir.
- Hm... jm'en branle, allez pousse toi !
- Non j'te laisserai pas partir comme ça ! Mais pourquoi j'dis ça moi ?!
Ca fait des mois qu'il me dit plus où il va. Pourtant c'est important pour moi.
AUJOURD'HUI je VEUX savoir !
- Bill, tu commences sérieusement à m'énerver ! Pourquoi tu me fais chier comme ça ?! Hurle-t-il.
- Je... qu'est-ce que je peux lui répondre ? Je... je m'inquiète pour toi grand frère.
Je baisse la tête : regrette déjà d'avoir prononcé ces mots. J'fais trop pitié.
Dans ses yeux, on croirait de la compassion, voire un pointe de culpabilité...
Mais il passe devant moi sans rien répondre. J'attrape son bras.
- Non s'il te plait Tom... reste...




